Génération Sarkozy

L’Obs titrait sur les « bébés BFM » pour identifier ses élus qui passent plus de temps sur les plateaux de télévision qu’en circonscription et/ou à travailler dans leurs assemblées respectives. En réalité, cette surdose médiatique n’est qu’un des éléments de ce que j’appellerai la Génération Sarkozy.

 

Si on doit reconnaître à l’ancien Président de la République un certain charisme et une énergie peu commune, force est de constater que ce dernier présente une lacune majeure : il est profondément inculte et c’est l’exploitation de cette incurie intellectuelle que Patrick Buisson a utilisée sans difficulté comme l’ont souligné les auteurs de La Droite Brune et Le mauvais génie. Grâce à sa connaissance approfondie de l’histoire de France et un certain talent pour la manipulation des esprits, l’ancien journaliste a réussi à faire sauter un certain nombre d’interdits par l’entremise de l’ancien Chef de l’Etat.

 

C’est la première caractéristique des élus de la Génération Sarkozy. Ils ne sont pas forcément à droite de l’échiquier politique et ne sont pas nécessairement de fervents partisans de ce dernier mais ils sont ignorants de l’Histoire de France,  de l’histoire de nos institutions, de la politique, de l’économie, etc. Ils ne sont pas non plus dans la même tranche d’âge que Nicolas Sarkozy mais les dérives de ce dernier leur ont ouvert une place non-négligeable. Cette méconnaissance les amène régulièrement à dire des âneries. Non pas par malhonnêteté intellectuelle mais par méconnaissance, ce qui nous amène à la deuxième caractéristique.

 

Lorsque vous vous apercevez que vous vous êtes trompé sur un sujet, votre réflexe est de vous excuser. Les élus de la Génération Sarkozy sont très souvent dans l’outrance, dans l’exagération et dans le mépris de l’interlocuteur qui est forcément un ignorant. Après tout, comment ce rien du tout, qui n’est pas un élu pourrait-il être mieux informé ? Mais les faits étant têtus, il arrive bien souvent que ledit interlocuteur ait raison car il a étudié son sujet. Pris en défaut, l’élu de la Génération Sarkozy se comportera comme un enfant surpris à faire une bêtise : il va tempêter, pester, vilipender son contradicteur, souvent de façon peu subtile. Il répétera son erreur média après média.

 

La troisième caractéristique est cette boulimie médiatique. Maladie non-indexée par l’Organisation Mondiale de la Santé, elle peut être diagnostiquée dès que l’élu passe plus de deux fois par semaine sur un média à rayonnement national – j’exclus de mon propos la presse quotidienne régionale. Courant de médias en médias, l’élu a ses sujets de prédilection comme la sécurité intérieure, la religion ou encore le terrorisme, bref, des centres d’intérêts « bankables », qui génèrent de la visibilité et du bruit, sans pour autant que les propos en eux-mêmes ne reflètent la moindre once d’intelligence, de recul ou de prise en compte globale du sujet, qui est souvent complexe. Cette surmédiatisation se traduit également par une absence flagrante de travail au Parlement ou en conseil départemental ou régional. Vous pouvez vous amuser à croiser les infos issues de OnAir avec le graphique d'activité d'un parlementaire via NosDeputes.fr ou NosSenateurs.fr.

 

La quatrième caractéristique est finalement celle qui permet un certain optimisme. Pour « réussir » et « durer » en politique, il faut savoir pratiquer le renvoi d’ascenseur, ce que savaient et savent très bien faire les Chiraquiens et les héritiers de Mitterrand. Or, les élus de la Génération Sarkozy oublient très souvent que pour arriver, il faut que quelqu’un vous mette le pied à l’étrier et qu’à œuvrer de façon égoïste, on finit par se retrouver sans soutien. Certains poussent même le vice jusqu’à vouloir tuer le père. La bonne nouvelle étant qu’un individu seul peut très difficilement se maintenir et qu’à la faveur d’une prochaine élection, ils retourneront certainement dans l’oubli et dans l’anonymat dont ils n’auraient jamais dû sortir.

 

Sur le plan politique, si on ne devait retenir qu’une chose de Nicolas Sarkozy, ce serait d’avoir permis l’avènement d’une nouvelle catégorie d’élus potiches, tout juste bons à être des hommes sandwichs pour les chaînes d’information en continu et donnant la sensation qu’il y a plus d’intelligence dans Les Chtis à Las Vegas qu’à l’Assemblée Nationale. 

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