Internet, ce bouc-émissaire bien commode pour cacher les errances des politiques

La récente vague d’attentats qui a touché la France a été malheureusement une occasion supplémentaire pour nos élus de raconter des idioties.

 

Que ce soit Jean-Frédéric Poisson, Geoffroy Didier, Alain Juppé, Olivier Falorni ou encore Roger Karoutchi, j’ai cessé de compter les personnalités politiques qui clamaient haut et fort qu’Internet était responsable des attentats. Le problème de cette accusation est qu’elle est techniquement fausse, profondément démagogue et qu’elle n’est utilisée que pour cacher les profondes lacunes de nos responsables sur ce sujet.

 

Commençons par la base : Internet est un réseau, un simple outil, que nous utilisons tous pour consulter notamment des sites Web. Chacun peut faire ce qu’il veut : un service commercial, un blog, partager des vidéos, etc. Parmi ces services commerciaux, nous avons ce qui est surnommé les GAFAM, à savoir Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, les réseaux sociaux comme Twitter ou LinkedIN et d’autres choses diverses. Ces services sont des entreprises commerciales. Ce ne sont pas nos amis, ni nos commis, ni nos obligés : ce sont des entreprises qui fixent leurs propres conditions d’utilisation, leurs propres sanctions et leurs propres règles. Les seules autorités devant lesquelles elles auraient éventuellement à répondre sont les Etats dans lesquels elles ont établi leurs sièges sociaux.

 

Peut-on les contraindre à opérer des filtrages sur leurs réseaux pour détecter et supprimer les contenus incitant à la radicalisation ? Non et si on réfléchit quelques instants, la réponse serait « non et on ne doit surtout pas le faire ».

 

On ne doit pas le faire parce que ce serait contre-productif. En effet, les différents groupes radicaux laissent des traces, qui peuvent être utiles pour remonter les filières, les localiser, identifier ses acteurs, etc. Demander la suppression systématique de ces contenus revient à se priver d’un objet d’étude, facilement accessible.

 

On objectera que des « esprits faibles » pour reprendre le mot d’Alain Juppé peuvent être influencés par ses contenus. En effet mais encore faut-il les trouver ces contenus et pour reléguer un contenu aux oubliettes du Web, il n’est pas nécessaire de le faire supprimer : il faut simplement le noyer. Nos responsables, qu’ils soient politiques, religieux, associatifs ou autres auraient dû, dès Charlie, mettre en place une réelle contre-propagande.

 

Cette contre-propagande aurait pu/dû être des détournements de vidéos, par incrustation d’éléments extérieurs, visant à ridiculiser les pseudos-guerriers, une nuée de blogs divers et variés, des comptes sur les réseaux sociaux par centaines, bref, une application technique et réelle de ce qu’est le Web. Non seulement cela aurait sans doute pu éviter que certaines personnes aient accès trop facilement à des contenus radicaux mais cela aurait affaibli le nerf de la guerre de ces groupes, à savoir la communication. La mise en œuvre technique d’une contre-propagande efficace est tellement simple qu’il est honteux qu’elle n’ait pas été mise en place.

 

Une autre voie aurait pu être de signaler ou de faire signaler les comptes/pages problématiques aux réseaux sociaux, non pas comme vecteur de haine mais comme spammeurs et/ou vecteurs de contrefaçons. Ces deux points sont ceux sur lesquels les réseaux sociaux n’ont aucune tolérance mais pour s’en rendre compte, il aurait fallu compulser un tout petit peu les conditions générales d’utilisation et faire quelques recherches. De la même manière, s’il y a un point sur lequel nos responsables ont un véritable levier, c’est sur PHAROS. La plateforme de signalisation des contenus sur Internet reçoit des milliers de signalements mais son équipe est trop restreinte pour pouvoir permettre des investigations poussées. De la même façon, il serait peut-être temps que les méthodes de recrutements soient actualisées. Je ne crois pas que les grandes agences américaines et israéliennes, qui ont la faveur médiatique de nos responsables ces derniers temps, ne recrutent que des ingénieurs, propres sur eux, avec la cravate bien droite et le petit doigt sur la couture.

 

Parmi les mesures complémentaires, on peut énumérer celles-ci : 

 

Oui, des solutions existent pour lutter contre la radicalisation, elles sont multiples, ne nécessitent pas de toucher à notre Bloc de Constitutionnalité ni de désigner Internet comme bouc-émissaire. 

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