La hiérarchie implicite des députés

Dans toutes les organisations, il y a des hiérarchies et l’Assemblée Nationale n’échappe pas à cette règle.

 

Entre députés, on peut distinguer plusieurs catégories. En haut de la pyramide, nous avons les présidents de groupe. Ils maintiennent la cohésion, font la pluie et le beau temps et peuvent parfois se transformer en petit dictateur si un député fait quelque chose qui ne leur convient pas. Les moyens de pression sont assez diverses : cela va de la suppression d’une salle de réunion à la paralysie complète des outils de travail, comme l’accès aux collaborateurs de groupe. Les présidents de groupe sont désignés par leurs partis, les membres du groupe parlementaire étant éventuellement consultés et la tête représente une certaine idée du parti. Ainsi, Christian Jacob passe pour être le soutien de Jean-François Copé, lui-même à la tête de l’ex-UMP pendant un certain temps. Avec les présidents de groupe, on retrouve également les présidents de commissions permanentes et leur accession à ce type de poste n’est pas le fruit d’un scrutin à proprement parler mais relève plutôt du plébiscite, qui est le fruit d’un mélange entre notoriété, mérite, expérience mais aussi charisme et calcul politique.  

 

L’échelon en-dessous des présidents est celui des membres du bureau de l’Assemblée Nationale : questeurs et secrétaires. Là encore, le jeu des nominations ne doit rien au hasard et même si on peut s’imaginer que des novices – comme Damien Abad qui l'a été pendant un temps – peuvent y accéder, le novice en question avait été précédemment député européen. Quant à la position de questeurs, il vaut mieux avoir des compétences connues et reconnues en matière de gestion des deniers publics pour y prétendre.

 

Il y a les novices dont c’est la première élection et qui sont exclus d’entrée de jeu aux échelons dont nous venons de parler. Que leur reste-t-il ? S’ils sont grande gueule, ils pourront devenir des députés médiatiques qui font le bonheur des journalistes de la salle des Quatre-Colonnes. Parmi eux, on peut citer Claude Goasguen, Meyer Habib, Patrick Balkany, Noël Mamère, Gérald Darmanin – même s’il n’est plus député – Lionnel Luca ou encore André Chassaigne.

 

S’il sait faire mouche, le député peut se constituer un joli carnet d’adresse médiatique et partagera donc son temps entre sa circonscription, l’Assemblée Nationale et les médias, la question le hantant à ce moment-là le plus souvent étant « est-ce que j’ai été bien ? ».

 

S’il n’a pas le goût des médias, le député peut devenir un élément essentiel de son groupe en étant particulièrement assidu, quitte à ne pas maîtriser son sujet. Le plus brillant exemple chez Les Républicains est Guillaume Larrivé, qui certes bosse ses dossiers, mais ne sait pas toujours de quoi il parle. Ainsi a-t-il dit lors des débats sur la loi renseignement « je n’ai pas compris ce que le ministre vient d’expliquer mais je voterai quand même la loi » ou encore, sur le plateau de Ça Vous Regarde « le droit n’est pas une science précise » (le droit est une science précise, ce n’est pas une science exacte comme les mathématiques) ce qui est quand même un comble venant d’un membre du Conseil d’Etat.

 

Autre alternative pour notre député tout juste sorti de son œuf : devenir le ou la spécialiste d’une question particulière, le référent d’une thématique. Ainsi, l’UDI peut compter sur Charles De Courson pour les questions de finances publiques, de même que les socialistes s’appuient sur René Dosière ou les Républicains sur Charles de la Verpillière. Lionel Tardy, Laure De La Raudière ou encore Viriginie Duby-Müller se taillent la part du lion sur les questions liées au numérique. Isabelle Attard est devenue l’incontournable de son groupe sur les questions culturelles. Cette spécialisation peut venir de leur métier d’origine, de leur expérience d’élu local ou tout simplement de leurs goûts personnels, qui se reflètent également à travers les commissions permanentes ou spéciales auxquels ils appartiennent ou des groupes d’études.

 

Mais le député peut aussi décider de se limiter à un rôle purement présentiel à l’Assemblée Nationale, choisissant de privilégier le contact de terrain et n’apparaissant que pour les questions au Gouvernement, les scrutins dans l’hémicycle et en commissions depuis que les absences sont pénalisées. Mais s’il choisit cette voie, le député risque de se transformer en député assistante sociale – pour reprendre le mot de Pierre Mazeaud mais il sera vraisemblablement réélu aux prochaines législatives et pourra grimper les échelons de la hiérarchie implicite des députés.

Commentaires

Bonjour,

Merci pour cet article.

Sur le point : " Quant à la position de questeurs, il vaut mieux avoir des compétences connues et reconnues en matière de gestion des deniers publics pour y prétendre."

Je n'ai pas compris le rôle exact d'un questeur.
Serait-il possible d'avoir plus d'informations ?

Merci d'avance.

Bonjour Guz, 

le terme de questeur est expliqué dans le lexique :) J'aurai l'occasion de revenir plus longuement sur cette fonction très intéressante. 

 

 

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