Le député : un parmi 576 autres

Après avoir plus ou moins brillamment gagné son élection législative, le député arrive à Paris pour prendre ses quartiers parlementaires et là, un premier choc l’attend : il est un parmi tant d’autres. Si on devait faire une analogie, ça serait avec la rentrée des classes. Le chérubin quitte le foyer où il est choyé et adulé pour arriver dans un univers où il devient parfaitement anonyme.

 

Pour ceux qui sont rompus à l’exercice électoral, la coupure entre deux législatures est l’équivalent des grandes vacances. Mais pour les petits nouveaux, il y a un choc. D’abord comprendre la machine administrative de l’Assemblée Nationale : agents, huissiers, administrateurs, etc. Ne pas se perdre physiquement dans les couloirs. Puis appréhender la hiérarchie officieuse du Palais Bourbon et s’y trouver une place.

 

Serais-je un député flamboyant ? Serais-je besogneux ? Serais-je parfaitement invisible ? Va-t-on me charger d’une mission prestigieuse ? Vais-je laisser mon empreinte dans l’Histoire ? Voici les questions qui peuvent tirailler le jeune député.

 

Pour les aguerris, il y aura la guerre interne pour obtenir un poste envié : rapporteur voire président de la commission des finances ou président de groupe voire le perchoir.

 

Pendant que les premiers s’interrogent sur leur avenir politique et que les seconds commencent à aiguiser leurs stratégies, une autre bataille se joue : celle des bureaux. L’Assemblée Nationale, ce n’est pas que le Palais Bourbon, c’est aussi un patrimoine immobilier dont les fameux 101 et le 3AB.

 

Le 101 désigne le 101 rue de l’Université, un grand bâtiment fonctionnel, rénové par un groupe hôtelier, dont une partie est consacrée aux bureaux des députés. Parfaitement anonymes et fonctionnels, ces espaces sont à la fois des bureaux et des chambres. Chaque député dispose d’un bureau, de quelques étagères, d’une télévision reliée aux chaînes internes de l’Assemblée Nationale – très pratique pour suivre les commissions et les débats – et d’une salle de bain. Les plus chanceux héritent d’un bureau suffisamment grand pour y caser un lit qui se plie et se déplie et parfois même d’un second bureau pour y caser les collaborateurs. Les novices et les députés parisiens ou proches de Paris sont casés au 3AB dans des bureaux de taille variable mais qui m’ont parfois fait penser à des cages à lapin.

 

Il y a des petits arbitrages entre députés pour répartir les bureaux les plus confortables. Tout d’abord, les anciens ministres et les présidents de groupes ne sont pas logés à la même enseigne. Par exemple, Christian Jacob, président du groupe parlementaire les Républicains, a un bureau dans l’Hôtel de Lassay. On essaie aussi de tenir compte des députés qui représentent les Français de l’Etranger et les outremers.

 

Notre jeune député a pris ses quartiers, lui reste la visite des lieux. Un huissier fait faire une visite de l’Assemblée Nationale et amène les élus dans l’hémicycle pour qu’ils puissent être photographiés. On lui remet également une mallette – en fait un bagage cabine – et une clef USB dans laquelle se trouve les différents documents. Avant la XIVe législature, on leur remettait de beaux livres et des documents papier mais chasse au gaspillage oblige, on a privilégié les clefs USB.

 

Notre député est en place, il a son bureau, il va continuer pendant quelques temps à se perdre un peu dans les couloirs – sauf s’il a été collaborateur parlementaire avant de devenir député – il a ses outils de travail, il peut enfin commencer travailler et la première chose qu’il va faire, c’est participer à l’élection du président de l’Assemblée Nationale.  

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