Les Français de l’étranger : un cas à part

Introduite par la réforme constitutionnelle de 2008 et mise en application en 2012, la représentation des Français de l’étranger permet à tous la diaspora française d’avoir une visibilité au sein du Parlement, que ce soit à l’Assemblée Nationale ou au Sénat.

 

Mais la représentation des Français est-elle une représentation à part ? Le meilleur moyen pour le savoir est encore de le demander à ceux qui les représentent et pour cela, Sergio Coronado et Frédéric Lefebvre ont trouvé un moment dans leurs emplois du temps compliqués pour répondre à mes interrogations.

 

Les deux hommes n’ont pas le même parcours professionnel ni politique ni institutionnel mais ils ont la même analyse sur les Français de l’étranger : ils sont ouverts sur le monde, ils sont partis – pour des raisons personnelles et/ou professionnelles – mais ils aiment la France et sont fiers de leur pays, de ce qu’il représente et de son rayonnement. Quand bien même ils culpabiliseraient d’être partis, le lien avec leur pays d’origine n’est jamais rompu. Ils s’investissent dans des associations, dans des réseaux professionnels, ils cultivent le lien avec l’hexagone.

 

Très loin des contingences politiques et politiciennes, ils attendent aussi autre chose de leurs élus. Sergio Coronado souligne le besoin de sincérité, de vérité – ce qui se retrouve aussi en France – mais ils sont aussi des attentes extrêmement concrètes comme les questions relatives aux écoles françaises ou celle de la fiscalité qui leur applicable. Frédéric Lefebvre, alors qu’il lui avait été conseillé de donner dans le dénigrement de la majorité pour se faire élire, a préféré se présenter et expliquer ce qu’il souhaitait mettre en place pour ce nouveau dispositif, envers lequel les Français de l’étranger étaient très dubitatif.

 

Les Français de l’étranger constituent un maillage internationale qui est d‘abord culturel et éducatif et parfois professionnel, notamment pour l’Amérique du Nord. Pour autant, ils regardent avec attention les évolutions législatives et certains débats, comme la réforme constitutionnelle incluant la déchéance de nationalité, sont parfois très mal vécus. En effet, une partie non négligeable de ces expatriés sont binationaux.

 

Contrairement à leurs camarades, les députés des Français de l’étranger ne tiennent pas une permanence, à une adresse fixe, à laquelle on se rend presque quand on en a envie. Le mouvement est différent car c’est le député qui va vers les citoyens. Dit ainsi, cela n’a pas l’air important mais c’est ce qui marque la différence : c’est au député de faire l’effort de se déplacer pour créer le lien. Il faut se rendre dans les associations culturelles, dans les consulats, les ambassades, les réseaux d’entrepreneurs pour rencontrer ses électeurs. Bien entendu, les députés de l’hexagone font également des déplacements, mais ce sont rarement des déplacements couvrant tout un continent et on peut généralement les rencontrer en permanence, de façon presque spontanée.

 

Si faire de la politique nécessite une santé de fer, représenter les Français de l’étranger est quasiment une activité physique intense. Sergio Coronado a ainsi fait une dizaine de pays en vingt jours lorsqu’il a fait sa campagne électorale, sillonnant allégrement toute l’Amérique Latine. Quant à Frédéric Lefebvre, un rendez-vous qui lui prendrait une demi-heure pour faire le déplacement en France, lui demande une bonne journée de voyage.

 

La distance physique permet aussi une distanciation d’avec la sphère politicarde (petites phrases et autres bad buzz) mais aussi d’avec les médias. Les contraintes d’agendas et d’organisation laissent assez peu de place à l’improvisation faisant que les députés représentant les Français de l’étranger envahissent finalement assez peu les médias. Ce recul a une autre vertu : elle oblige les députés à travailler sur le fond des choses et à élargir leur point de vue. Confrontés non seulement à la politique française mais aussi à la politique locale, ils essaient d’importer en France les bonnes recettes de leurs circonscriptions respectives. Les députés représentants des Français de l’étranger sont aussi des ambassadeurs du savoir-faire français. Ainsi, Frédéric Lefebvre n’hésite pas à aiguiller les Français qui souhaiteraient développer leurs affaires aux Etats-Unis ou au Canada.

 

Du fait de la distance physique, il est important de garder le lien avec ses électeurs et pour cela, les nouvelles technologies sont essentielles. Il est évident que si la représentation des Français de l’étranger avait été mise en place avant la démocratisation d’Internet, son impact n’aurait pas été le même.

 

Alors, la représentation des Français de l’étranger, utile ou inutile ? A une époque où on nous parle de mondialisation, de globalisation, d’échanges et de diversité, la représentation des Français de l’étranger est une réforme positive car elle est une vitrine de la France et de ce qu’elle a de meilleur : des Français ouverts sur le monde. 

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