Temps de parole dans les médias

En ce début d’année 2017, un tweet a attiré notre attention :

Ce n’est pas la première fois qu’on a l’impression que l’un des dirigeants du Front National passe la majeure partie de son temps sur les plateaux télévisés. Mais comme cela va vous être expliqué, il s’agit d’une « illusion d’optique ».

Une histoire de période

Comme vous le savez, le Conseil National de l’Audiovisuel (CSA) a notamment pour mission de veiller à l’équité et à l’égalité du temps de parole des partis politiques dans les médias. Pour reprendre le terme utilisé par l’autorité, on parle de pluralisme. On distingue deux périodes :

  • Le temps électoral ;
  • Le temps non électoral.

Le temps électoral

Le temps électoral est la période pendant laquelle des élections ont lieu, mais aussi le temps précédant l’élection, donc la campagne. Problème : tous les candidats à une élection ne commencent pas leur campagne au même moment. On l’a vu avec la primaire de la droite et du centre, mais aussi avec la primaire de la gauche, sans parler des candidats indépendants et des nouveaux partis. Mais tout ceci est du temps non électoral, qui répond à d’autres règles. Le temps électoral est fixé par la loi et dans le cas de l’élection présidentielle, c’est l’article 3 de la loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel, qui fixe le point de départ, à savoir quinze jours avant le premier tour de scrutin.

Pendant le temps électoral, les services de télévision doivent allouer du temps de parole aux différents partis, mais en prenant en compte les éléments suivants :

  • La représentativité des candidats, en se basant notamment sur les résultats des dernières élections ;
  • Une implication réelle et concrète dans la campagne : réunions publiques, débats, désignation d’un mandataire financier, programme, etc.

Vous l’avez compris : en période électorale, tout le monde est logé à la même enseigne. C’est en période non électorale que les choses peuvent être un peu compliquées.

Le temps non électoral

Depuis 2009, le CSA prend en compte les interventions du Président de la République ainsi que celles des membres de son gouvernement ou de son cabinet ou de son bloc majoritaire et le comptabilise comme temps de parole de la majorité. Par exemple, si le Président de la République fait une allocution d’une heure et que le Président de l’Assemblée nationale en fait également une de la même durée, le média qui a retransmis les interventions devra donner au moins deux heures à l’opposition parlementaire.

Dans la configuration politique actuelle, si deux heures sont allouées au Parti socialiste, au moins deux heures doivent être accordées aux autres, mais pas uniquement les Républicains. Le temps doit être partagé avec l’UDI, EELV, le Front de Gauche, le Front National ou encore Debout la France.

Les cas particuliers

Les primaires d’un parti

Les primaires ne sont pas des élections nationales, ce sont des élections au sein d’un parti politique, visant à organiser ce dernier. C’est donc le principe de pluralisme hors temps électoral qui prime.

Les chaînes sur le Web

Le CSA n’a pas compétence à réguler ce qui se passe sur le Web. Un candidat peut donc parfaitement mettre en ligne des centaines d’heures de vidéo de propagande électorale.

Les nouveaux partis

Toute la difficulté pour les nouveaux partis est d’émerger médiatiquement et tant qu’ils ne présentent pas de candidats à une élection et qu’ils n’obtiennent pas un score significatif, ils ne comptent pas dans le paysage.

Le pluralisme local

Pour ce qui est des chaînes de télévision régionales, les services doivent s’assurer que les acteurs de la politique locale sont équitablement représentés.

Le Front National est-il plus présent que les autres ?

En réalité, le Front National n’est pas plus invité que les autres grands partis de l’opposition. Mais, contrairement au parti Les Républicains ou le Parti socialiste, il n’y a pas énormément de porte-parole ou de personnalité susceptible de porter la voix du parti dans les médias. On retrouve donc, assez naturellement, toujours les mêmes, notamment Florian Philippot, d’autant que Marine Le Pen s’est imposée une sorte de diète médiatique, que Marion Maréchal-Le Pen a affiché des dissensions avec la chef du parti et que Gilbert Collard représente plus Rassemblement Bleu Marine que le Front National.

Vous l’avez compris : le temps de présence dans les médias est indexé sur la présence politique réelle des partis.  

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